Face à la nécessité de réduire nos ordures ménagères, valoriser les restes de table représente une étape incontournable. Pourtant, en milieu urbain, installer un bac traditionnel n’est pas toujours réalisable par manque d’espace extérieur. Le système japonais du bokashi s’impose alors comme une alternative pragmatique, parfaitement adaptée à une démarche de zéro déchet en cuisine sans les contraintes habituelles de décomposition.
Comprendre le principe du bokashi
Contrairement au compostage classique qui repose sur une dégradation aérobie (en présence d’air) par des vers et des bactéries de surface, le bokashi fonctionne sur le principe de la fermentation anaérobie, c’est-à-dire sans oxygène. Le processus s’apparente à la méthode ancestrale utilisée pour la choucroute ou le kimchi.
Les résidus organiques sont ensemencés avec un mélange de son de céréales imprégné de micro-organismes bénéfiques (levures, bactéries lactiques et photosynthétiques). Ces micro-organismes acidifient le milieu, empêchant ainsi la putréfaction et le développement de moisissures indésirables. Les déchets ne se décomposent pas immédiatement : ils sont marinés et conservés sous forme acide.
Comment démarrer avec un composteur bokashi ?
L’utilisation quotidienne d’un composteur bokashi demande peu de manipulations, mais exige de la régularité pour garantir l’étanchéité du système :
- Découper les biodéchets : Réduisez vos épluchures, restes de repas, marc de café et même petits restes carnés ou laitages en morceaux de taille moyenne pour faciliter le compactage.
- Tasser soigneusement : Déposez les matières au fond du seau et chassez l’air à l’aide d’un poussoir ou d’une spatule. L’absence d’air est la clé d’une bonne fermentation.
- Saupoudrer l’activateur : Ajoutez une cuillère à soupe de son inoculé sur chaque couche de matière fraîche.
- Fermer hermétiquement : Replacez aussitôt le couvercle étanche pour préserver le milieu fermé.
Une fois le contenant plein, il suffit de le laisser reposer à température ambiante pendant 10 à 14 jours, sans l’ouvrir.
Récolter et valoriser le précieux jus de fermentation
Durant le remplissage et la période de repos, les matières libèrent un liquide riche en nutriments et en micro-organismes, couramment appelé « thé de bokashi ». Il est essentiel de le soutirer régulièrement via le robinet situé à la base du bac pour éviter que le fond ne s’engorge.
Ce liquide très concentré et naturellement acide doit être dilué à hauteur de 1 % (environ une dose de liquide pour cent doses d’eau) avant d’être utilisé pour l’arrosage de vos plantes en pot ou de votre potager. Pur, il constitue un décapant biologique intéressant à verser directement dans les canalisations pour limiter les dépôts graisseux.
Que faire de la matière fermentée en fin de cycle ?
À l’ouverture du seau après maturation, les déchets conservent généralement leur aspect d’origine tout en dégageant une odeur aigre-douce de vinaigre ou de levain. Ils ne sont pas encore transformés en terreau. Pour finaliser leur cycle, trois options simples existent :
- L’enfouissement au jardin : Enterrez la matière sous 10 à 20 centimètres de terre dans une parcelle au repos. En deux à quatre semaines, la terre et la faune du sol auront totalement assimilé les nutriments.
- L’usine à terre en balcon : Mélangez le contenu du seau à du terreau usagé dans un grand bac aéré. Vous obtiendrez un substrat régénéré d’une grande fertilité pour vos futures plantations.
- L’apport au compost partagé : Intégrez ce digestat directement dans un bac collectif ou dans un dispositif classique de compost de cuisine, où il accélérera le travail de décomposition global.
